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Dieu est ici

Notre réflexion pour le Vendredi Saint est écrite par le Père Isidore Bonabom SJ de la Province jésuite d’Afrique du Nord-Ouest.

L’homme mourant dans son lit d’hôpital avait son histoire lui aussi. Son histoire faite de tant de grâces n’a pas changé parce qu’il était séropositif ou parce qu’il était mourant entouré de quelques proches bien-aimés. Il a vécu une vie pleine comme avocat de succès, utilisant ses qualités de leader dans sa communauté paroissiale, servant les besoins de nombreux clients et satisfaisant les besoins de sa famille. Il avait contracté le VIH à travers une transfusion sanguine qu’il avait reçue dans une clinique rurale alors qu’il faisait son service militaire juste après ses études universitaires. Après avoir découvert qu’il était séropositif, il s’est souvent posé la question rhétorique – pourquoi ? –, et malgré l’isolement qu’il a connu au début, il était convaincu qu’il y avait un mystère plus profond derrière cette souffrance et il a fini par l’accepter comme une communion aux souffrances du Christ (Philippiens 3, 10). Comme beaucoup de personnes vivant avec le VIH/SIDA dans cette partie du monde, il a enduré en silence le fait d’être stigmatisé et d’être devenu un bouc-émissaire. Bien entendu, très peu de personnes savaient comment il avait contracté le VIH mais les membres de sa communauté ont été témoins de la sérénité avec laquelle il a vécu sa vie pleine de grâces. Cette acceptation lui avait donné un sentiment de paix.

Le Vendredi Saint est le deuxième jour du Triduum pascal, et c’est le jour où nous commémorons les dernières heures de la vie de Jésus sur terre. Nous célébrons le mystère de sa passion, nous réfléchissons sur sa souffrance et nous prions pour sa mort sur la croix. Le Christ qui s’est décrit lui-même comme « la Vie » (Jean 14, 6), et qui est vraiment la vie, est mis à mort. L’Eucharistie n’est pas célébrée aujourd’hui mais les prières et les lectures sont centrées sur l’acte rédempteur du Christ de don total de soi. La première et la deuxième lectures parlent toutes deux de personnes qui ont renoncé à leurs propres identités afin d’assumer leurs vraies identités en Dieu. Le serviteur accablé a porté nos maladies, il s’est chargé de nos souffrances.

Et nous, nous pensions qu’il était frappé,
meurtri par Dieu, humilié.
Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé,
à cause de nos fautes qu’il a été broyé.
Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui :
par ses blessures, nous sommes guéris (Isaïe 53, 4-5).

Les lectures se complètent alors que nous réfléchissons au mystère de Jésus Christ qui « bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel » (Hébreux 5, 8-9).

Avant son arrestation et sa crucifixion, le récit de la Passion nous rappelle que Jésus n’est pas une victime de l’iniquité humaine, mais plutôt le maître aussi bien de la vie que de la mort dont les mots font tomber à terre ceux qui sont venus l’arrêter. Mais nous le voyons aussi dépouillé de sa dignité et nous entendons son angoisse. Il endure la stigmatisation sur son chemin vers le Calvaire alors qu’il porte sa croix et qu’il est cloué sur la croix comme une victime malheureuse. Nombre de ses compagnons ont disparu et des spectateurs ont rapidement pris leurs places à un moment où il aurait eu particulièrement besoin de ses amis à ses côtés. L’amour constant de Dieu semble être absent en ces dernières heures de sa vie sur terre.

Parmi les personnages de la Passion avec qui nous nous identifions tous, il y a le disciple bien-aimé. Il reste au pied de la croix avec un petit groupe de disciples fidèles qui ne se sont pas enfuis. Au contraire, ils restent au pied de la croix en silence, écoutant Jésus qui parle à sa mère et au disciple bien-aimé : « « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » » (Jean 19, 26-27).

Trois témoignages ont marqué la dernière heure de la vie de Jésus sur terre : le sang et l’eau qui ont coulé de son côté transpercé, et son Esprit qu’il a remis inclinant la tête (Jean 19, 30). Le soupir de la vie qui s’en va est silencieux. Le Vendredi Saint, nous ne pleurons pas la mort de Jésus mais nous célébrons les effets rédempteurs de sa passion et de sa mort. Jean nous rappelle dans l’Évangile que

celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ;
et celui-là sait qu’il dit vrai
afin que vous aussi, vous croyiez (Jean 19, 35).

C’est le silence qui caractérise tout ce qui arrive aujourd’hui. Le silence est une partie intégrante du rythme divin, et c’est ce qui nourrit la paix intérieure et la communion extérieure. La liturgie commence en silence et finit en silence. Jésus est silencieux quand Ponce Pilate l’interroge (Jean 19, 8-9), il est silencieux quand il porte sa croix vers le Calvaire et il est silencieux quand il est crucifié. Le contexte fournit la raison de ce silence, les lectures renvoient le message de silence, et tandis que nous entendons la question posée par Jésus – « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » – l’écho de sa voix résonne dans nos cœurs. C’est en silence que nous vivons Jésus sur la croix et en silence que nous contemplons la croix, source de notre salut. Dieu est ici, dans l’homme mourant et au pied de la croix. Dieu est ici.

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