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L’amour provocateur et ouvert à tous de Jésus – Le remède contre la stigmatisation liée au VIH/SIDA

Notre réflexion pour le Jeudi Saint est écrite par le Père Lawrence Kyaligonza SJ, curé de la paroisse Saint-Joseph-Ouvrier de Kangemi, à Nairobi.

Le Jeudi Saint est pour nous un jour important pour réfléchir à l’amour de Jésus pour nous, un amour qui est provocateur dans son ouverture à tous. Je qualifie cet amour de « provocateur et ouvert à tous » parce que l’amour de Jésus pour l’humanité n’excluait et n’exclue personne ; il inclut tout le monde ! Cette ouverture à tous, toutefois, a provoqué une réaction négative chez les personnes qui se considéraient conservatrices.

À la messe de Noël, nous lisons dans l’Évangile selon Luc la description que Jésus fait de sa mission au début de son ministère public. Jésus dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4, 18-19). Jésus a accordé une place spéciale aux laissés-pour-compte dans son ministère. Il est venu pour apporter la bonne nouvelle à ceux qui avaient été exclus de la société, comme les pauvres, les malades (par exemple les lépreux) et les pécheurs. En restaurant leur dignité en tant qu’êtres humains comme les autres, les exclus/stigmatisés se sont sentis de nouveau inclus. Jésus a passé la plupart de son temps à guérir les malades, à pardonner aux pécheurs et à proclamer que le royaume de Dieu accueillait tout le monde. Cela ne plaisait pas aux personnes bien-pensantes de son époque, qui croyaient en un royaume qui excluait les pécheurs, les malades et les pauvres.

De la même façon, durant la messe de la Cène du Seigneur, nous célébrons l’institution de la Sainte Eucharistie (1Cor 11, 23-26). Jésus offre son corps et son sang sous la forme de pain et de vin pour que ses disciples le mangent et le boivent. Cela rappelle quand Jésus a multiplié le pain et le poisson pour nourrir les multitudes de personnes affamées durant son ministère public. Bien entendu, les personnes qu’il a nourries n’étaient pas toutes vertueuses ; il y avait certainement parmi elles des pécheurs, des pauvres et des malades. Il a mangé et bu avec ceux qui avaient été exclus de la société au point qu’il ait été accusé d’être un glouton et un ami des laissés-pour-compte. De même, pendant la Cène, Jésus a donné son corps et son sang à tous ses disciples même s’il savait que quelques heures plus tard l’un d’entre eux allait le trahir et un autre le renier, tandis que les autres allaient le fuir. La Cène a été une célébration ouverte à tous. Nous nous rappelons aussi que durant le dernier repas, Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Il a aussi lavé les pieds de Juda qui s’apprêtait à le trahir, de Pierre qui allait le renier et des autres qui allaient utiliser leurs pieds pour fuir loin de lui. Il savait que tout cela allait arriver et pourtant il n’a pas hésité à démontrer son amour pour eux – un amour qui est ouvert à tous ! Jusqu’à la fin de sa vie sur terre, Jésus est resté fidèle à sa mission d’amour et de proclamation de l’amour de Dieu aussi bien en paroles qu’en actes.

Le Jeudi Saint est une invitation à repenser nos vies en tant qu’enfants de la famille de Dieu. Comment notre amour est-il ouvert aux autres ? Malheureusement, la plupart d’entre nous aiment encore de façon exclusive. Nous aimons seulement nos proches, les personnes de notre tribu ou de notre race, nos amis. Notre amour exclue les personnes qui sont différentes de nous ou celles dont nous ne partageons pas les valeurs et les convictions. Notre amour continue à exclure les personnes que nous considérons pécheresses et impures. Cela me fait penser aux millions de personnes dans notre monde aujourd’hui qui se sentent stigmatisées à cause de leur statut sérologique VIH. Par exemple, à Kangemi (Nairobi) où je travaille, certaines personnes séropositives ne peuvent pas révéler leur statut parce qu’elles ont peur d’être stigmatisées par leurs amis et leurs familles. Malheureusement, elles ne peuvent pas venir dans notre centre (Uzima) pour recevoir un soutien médical, psychosocial et nutritionnel à cause de cette stigmatisation. Certaines d’entre elles sont des membres de notre Église et meurent en se cachant par peur des réactions des autres membres de l’église. Le VIH/SIDA est encore vu comme une maladie des pécheurs et un châtiment contre l’immoralité sexuelle.

Pourtant, en tant que disciples du Christ, nous devrions aimer comme Jésus a aimé et continue à aimer – notre amour doit être un amour qui inclue toutes les personnes. Aujourd’hui, Jésus nous invite à proclamer la liberté des personnes prisonnières comme celles qui se sentent enchaînées par le VIH/SIDA et à les libérer de leurs peurs. Nous avons besoin de la grâce de Dieu pour nous libérer de notre tendance à exacerber la condition de ceux qui sont déjà opprimés par la maladie ou l’injustice. Jésus nous dit de laver les pieds de l’autre si nous voulons être comme lui qui est notre maître. Ceux d’entre nous qui pensent encore que le VIH/SIDA est un châtiment contre l’immoralité sexuelle doivent être libérés de notre Puritanisme. Au lieu de juger les autres, Jésus nous invite à laver leurs pieds afin qu’ils puissent eux aussi faire partie intégrante de notre société, même si cela peut provoquer des réactions négatives de la part des « saints » de notre temps. La stigmatisation est en effet une énorme contradiction de notre foi de disciples du Christ. Aimer exclusivement est contraire à notre foi ; nous nous contredisons nous-mêmes si, par exemple, nous partageons un seul pain et le vin d’une seule coupe durant la célébration du Jeudi Saint à l’Église mais, une fois rentrés chez nous, nous continuons à traiter d’autres personnes comme des laissés-pour-compte à cause de leur statut sérologique VIH. L’Eucharistie a-t-elle cessé d’être un symbole d’unité et d’amour ouvert à tous ?

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