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Les ténèbres ne peuvent arrêter cette lumière

Notre réflexion du Vendredi Saint est écrite par Père Jean-Claude Michel SJ, l’Assistant du Supérieur de la Région Rwanda Burundi, et Assistant ecclésiastique des communautés de vie chrétienne au Rwanda.

Ami(e) lecteur, je t’invite à lire avec moi le récit du procès et de l’exécution de Jésus de Nazareth, tel que l’a écrit son disciple Jean (18, 1 – 19, 42).

Regardons d’abord le groupe d’hommes armés, parmi lesquels se trouve Judas ; ils sont commandités ; nous devinons derrière eux les chefs religieux d’Israël. Viennent-ils à la lumière ? Agissent-ils selon la vérité ? Les intentions sont autres ; mais celui qu’ils viennent arrêter, Jésus, le souhaite réellement de tout son cœur ; ne le vois-tu pas ? Il interroge calmement ; il refuse la violence du disciple Pierre ; il invite à se référer à Dieu. Est-ce possible d’agir ainsi  en de telles circonstances ? Les hommes d’armes en sont étonnés eux-mêmes ; ils reculent un peu ; mais la lumière n’entre pas dans leur cœur. Ils sont dans les ténèbres.

Avançons dans ce monde obscur. Jean met en vedette les figures de Hanne et de Caïphe, et aussi celle d’un garde anonyme. Interroger, gifler, c’est tout le procès ! A quoi bon en dire plus ; les jeux sont faits. L’important pour nous c’est de regarder Jésus : il ne se défend pas ; il prend l’initiative en proposant d’interroger le grand nombre d’hommes et de femmes qui ont pris le temps de l’écouter ; il questionne la conscience du garde violent ; tout est transparent. Qui es-tu, Jésus ? N’es-tu pas la lumière ? Pourtant ton disciple, Pierre, vacille ; il avait professé sa foi ; aujourd’hui des ténèbres cachent la lumière.

Il  n’y a pas très longtemps, une personne d’âge mûr est venue me dire sa révolte : Apolline est malade du sida, réduite à la misère ; non ; elle ne peut plus prier Dieu ! elle a brisé son  chapelet ! Plus moyen de voir la lumière dans une existence raccourcie et sans ressource. Ténèbres dans le passé lointain ; ténèbres aujourd’hui.

Venons-en à Pilate. Ce chef romain fait d’abord bonne figure : il s’informe ; il questionne ; il essaie de comprendre ; il donne l’image d’un juge qui veut « agir selon la vérité ». Et Jésus l’aide à faire un pas vers la vérité : mon royaume n’est pas de ce monde ; je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Mais la lumière n’entre pas : qu’est-ce que la vérité ? Et les ténèbres mènent l’assaut du « politiquement obligé », rester dans les bonnes grâces d’un empereur de ce monde ; et tant pis pour le roi d’un royaume qui n’est pas de ce monde ! Pilate cède : il le leur livra pour être crucifié.

Paul est l’un de mes amis. Il occupe une belle position sociale, et il est habile pour gagner sa vie. Pourtant le sida l’habite ; il le soigne avec discrétion et n’en parle jamais ; ce serait une honte. Sa foi en Dieu est ferme ; mais sa religion est en recherche. Et si Jésus lui demandait : qui cherches-tu ? il n’est pas sûr que sa réponse serait « lumineuse ». Lui aussi vacille ; lui aussi s’appuie sur les choses de ce monde. Quand donc viendra-t-il à la lumière ?

La scène de la crucifixion est sordide : il y a des brigands, des bourreaux, une discussion sur un écriteau, un partage de vêtements arrachés au crucifié. Mais il y a Jésus : et il y a un rayon de lumière qui le relie à sa mère, à d’autres femmes, à Jean. Aucune plainte, aucune révolte, une terrible souffrance physique et morale, et, au cœur de la douleur, quelques paroles pour alléger la souffrance des autres. Jusqu’au bout de son existence terrestre Jésus est plein d’attention pour sa mère ; il veut faire grandir ses disciples ; il a pris le parti de l’amour de Dieu ; il prie pour ses bourreaux ; il promet un avenir céleste au brigand. Non les ténèbres ne peuvent arrêter cette lumière là ! 

Robert avait mauvaise réputation ; le sida ne l’épargna pas ; cloué au lit, des amis lui proposèrent d’agir « selon la vérité », et de faire mouvement vers la lumière. Il acquiesça, un prêtre vint ; Jésus changea le cœur du moribond ; et aussi, à l’étonnement de son entourage, il lui donna de se lever. Robert a rompu avec son passé ; il se sait fragile, mais il écoute et prie Jésus chaque jour. « Je lui ai demandé un petit temps de vie pour que je puisse donner un avenir à ma fille, mon unique ! » Et Jésus l’a exaucé. Le rayon de lumière continue à le guider, aujourd’hui encore.

Tout est achevé ; Il rendit l’esprit ! …

Jean, le disciple, n’est pas parti tout de suite. Il a regardé le corps sans souffle. Il a vu que la lumière n’était pas éteinte. Il a reçu avec foi le signe du sang et de l’eau. Ila laissé sa mémoire évoquer des paroles de Jésus : « prenez et buvez, ceci est mon sang ; faites ceci en mémoire de moi ».

Apolline ne participe plus au culte eucharistique ; Paul y participe parfois ; Robert est là presque chaque matin. Comme on souhaiterait, avec Jésus, que tous les malades du sida trouvent des amis qui les conduisent à la lumière !

Deux hommes avaient longtemps hésité à faire une démarche publique vers la lumière qu’ils devinaient : Joseph d’Arimathie, Nicodème. Etrangement, c’est au moment où les forces de mort semblent triompher qu’ils viennent à la lumière. Ce sont eux qui descendent Jésus de la croix.

Stéphane était un des amis de Robert ; le sida l’habitait lui aussi, pour une autre cause ; il est décédé, il y a peu ; mais ses dernières œuvres étaient celles d’un ami de Jésus. Sa nièce a porté témoignage : « si j’ai pu emprunter un chemin  de foi profonde,  c’est grâce  mon oncle Stéphane ».

Nous pouvons fermer le livre de l’Evangile selon Saint Jean. Il m’a dit – et j’espère qu’il t’a dit – que le sida appartient aux ténèbres, mais que Jésus vit au cœur des ténèbres, et qu’il a la puissance de faire briller la lumière de l’amour au plus intime de chaque malade. Je prie Jésus pour Apolline et Paul ; je m’appuie sur l’intercession de Stéphane ; et je bénéficie de l’indéfectible espérance de Robert.

Merci, Jésus.

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