ICASA, un moment de redéfinition des outils et des stratégies en réponse au sida, à la tuberculose et au paludisme pour un continent en meilleure santé.
Introduction : Aperçu de la conférence
La 23e Conférence internationale sur le sida et les IST en Afrique (ICASA), organisée tous les deux ans par la Society for AIDS in Africa (SAA), s’est tenue du 3 au 8 décembre 2025 au Accra International Conference Centre au Ghana. Le thème était « Accélérer une réponse intégrée et durable pour mettre fin au sida, à la tuberculose et au paludisme ». Cet événement majeur a également marqué le 35e anniversaire de la Society for AIDS in Africa (SAA), servant à la fois de bilan des progrès réalisés et d’appel à l’action dans la lutte contre le sida, la tuberculose (TB), le paludisme et d’autres défis sanitaires sur le continent.
Représentant le African Jesuit AIDS Network (AJAN), le Directeur d’AJAN, le P. Matambura Ismael, s’est joint à plus de 3 300 participants provenant de 85 pays, dont environ 400 participants au stand du Village communautaire. La conférence a élargi son champ au-delà du sida, du paludisme et de la TB pour aborder des questions de santé intégrale telles que le cancer, la santé mentale et d’autres maladies non transmissibles. L’accent a été mis sur le renforcement des médecines traditionnelles et des systèmes de santé, avec des sessions comprenant un large éventail de présentations, de résumés de recherche et de discours principaux.

Un point marquant a été le lancement du « Scientific Journal on AIDS and Infectious Diseases », qui vise à favoriser le partage des connaissances scientifiques. L’ICASA a également lancé un concours de narration pour promouvoir la prévention du VIH et lutter contre la stigmatisation. La pré-conférence des jeunes, qui a permis aux jeunes participants de s’engager activement dans le plaidoyer pour la santé, a également eu lieu.
La conférence a servi de « signal d’alarme » pour l’Afrique, comme en témoignent la participation locale accrue, un engagement des jeunes plus affirmé et une implication plus forte des dirigeants africains. Les Premières Dames de toute l’Afrique ont tenu une réunion de haut niveau avec des agences des Nations Unies et des leaders communautaires à la Ghana State House, soulignant leur leadership dans le plaidoyer pour le VIH et l’importance de l’action collective.
Les communautés de foi ont joué un rôle essentiel en animant un stand dans le village communautaire, en facilitant des échanges dynamiques et en démontrant un fort engagement par une participation active et des activités interactives. Une table ronde a réuni des responsables religieux et des parlementaires, ainsi que des défenseurs, autour du thème « Unir les voix pour l’action : législateurs et responsables religieux ».


Faire progresser une réponse équitable au VIH. Ce forum s’est concentré sur la promotion de la collaboration entre responsables religieux et législateurs, le maintien du VIH comme priorité politique, et la défense d’un financement national durable ainsi que de l’accès aux traitements injectables à longue durée d’action.
Mes principaux enseignements et recommandations.
Les principaux enseignements et recommandations discutés mettent l’accent sur divers sujets, notamment la médecine traditionnelle, la science clinique, les innovations thérapeutiques, les tendances épidémiologiques, la science de la prévention, le droit et les droits humains, les systèmes de santé, le leadership et le financement durable.
1. À propos des médecines traditionnelles et de la recherche
La médecine traditionnelle est de plus en plus reconnue comme une approche complémentaire précieuse dans la prise en charge du VIH. Avec 8 médicaments sur 10 (80 %) dérivés de plantes, la recherche continue sur les plantes médicinales est cruciale et ne doit pas être négligée dans la quête d’un traitement du VIH. La recherche scientifique reste la voie pour éradiquer ou contrôler le sida. Des pratiques sûres, le partage d’expériences entre pays et le renforcement des capacités en recherche sont essentiels. Il est recommandé de promouvoir les directives de l’OMS, notamment pour les nouveaux traitements injectables tels que le Lenacapavir (LA), afin d’intégrer les approches médicales traditionnelles et modernes.
2. À propos de la science clinique, du traitement et des soins
La maladie avancée du VIH (AHD) continue de représenter des risques importants, notamment un diagnostic tardif, des complications cliniques, des co-infections et des comorbidités. Le diagnostic et la prise en charge de la tuberculose pédiatrique nécessitent davantage de ressources et un engagement communautaire renforcé.
L’émergence de médicaments à longue action tels que le cabotégravir et le Lenacapavir offre des perspectives tant pour la prévention que pour le traitement, mais leur accessibilité financière reste un défi, soulignant la nécessité d’alternatives génériques et d’un suivi rigoureux de la résistance aux médicaments. La prise en charge pédiatrique du VIH est confrontée à des défis liés à la faible suppression de la charge virale et à la mauvaise observance, mettant en évidence le besoin de stratégies innovantes de dépistage et de prévention, ainsi que l’accès aux nouvelles technologies, y compris les outils de suivi de la TAR et le GeneXpert pour la tuberculose, dans les structures de santé centrées sur l’enfant.
3. À propos de l’épidémie de VIH en Afrique (2024)
L’Afrique reste l’épicentre de l’épidémie de VIH, avec les deux tiers des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dans le monde résidant sur le continent — 23,6 millions de personnes, dont 21,7 millions sous traitement (TAR). Les femmes supportent un fardeau disproportionné d’infections et de décès. Les populations clés et leurs partenaires représentent près de la moitié des nouvelles infections, un chiffre en hausse depuis 2010. On note une baisse notable des nouvelles infections (56 %) et des décès liés au VIH par rapport à 2010, ainsi qu’une forte diminution des infections pédiatriques. Les femmes enceintes ont vu une augmentation de la couverture TAR, en particulier en Afrique de l’Est et Australe (93 %) par rapport à l’Afrique de l’Ouest et Centrale (56 %).
4. Sur la science de la prévention et les barrières sociales
La PrEP à longue action transforme la prévention du VIH, avec des innovations telles que les injections de cabotégravir bimensuelles, les injections de Lenacapavir tous les six mois et les anneaux vaginaux de Dapivirine mensuels.
Cependant, des défis subsistent pour traiter les inégalités sociales et les limites des systèmes de santé, ainsi que pour garantir des soins centrés sur la personne. Des obstacles tels que la stigmatisation, la discrimination, le manque de confidentialité et les contraintes économiques doivent être abordés. Impliquer les leaders traditionnels et religieux est essentiel, tout comme former les prestataires de services pour protéger la confidentialité et la vie privée. Un leadership communautaire et des programmes résilients sont nécessaires, notamment en mobilisant des ressources nationales par le biais de partenariats public-privé et en intégrant les services VIH dans des approches multi-maladies.

5. Considérations juridiques, droits humains et sciences politiques
La conférence a souligné le besoin de protéger les groupes vulnérables contre la stigmatisation et la discrimination, d’assurer un accès équitable aux soins de santé et de promouvoir l’égalité des sexes ainsi que l’autonomisation des communautés. Les obstacles juridiques, sociaux, culturels et politiques continuent de compromettre les droits et d’affaiblir les réponses au VIH.
Malgré les progrès, la criminalisation, les réductions de financement, la stigmatisation et l’exclusion numérique limitent l’accès aux services essentiels. Des réformes urgentes sont nécessaires, avec un leadership politique fort et des approches fondées sur les droits et dirigées par les communautés. La stigmatisation est identifiée comme un obstacle plus important que le virus lui-même, façonnée par les normes culturelles et de genre, et peut être atténuée grâce à la résilience communautaire et au soutien par les pairs.
6. À propos des systèmes de santé, de l’économie et de la science de la mise en œuvre
Les progrès dans la réponse au VIH ont stagné, mais il existe de réelles opportunités d’intégration et d’innovation. Des outils de priorisation structurés (comme TIER) peuvent aider à définir des packages de services VIH durables, adaptés aux réalités financières. Les plateformes de soins prénatals intégrés (ANC) devraient offrir des tests et traitements combinés pour le VIH, la syphilis, l’HBV, les maladies non transmissibles et d’autres affections maternelles.
La capacité de fabrication locale et la préparation réglementaire pour les ARV et les produits liés au VIH doivent être renforcées. L’intégration des outils numériques pour le VIH dans les stratégies et budgets nationaux de santé est essentielle. Un alignement rapide des politiques et une préparation sont nécessaires pour adopter les directives de l’OMS, en particulier pour le LEN (Lenacapavir), dont le déploiement est prévu dans au moins dix pays africains d’ici 2026. Les enjeux clés incluent la préparation réglementaire, la sensibilisation des communautés et la dépendance aux partenariats mondiaux.


7. À propos du leadership et de la réponse durable.
Mettre fin au VIH nécessite du leadership, l’autonomisation des communautés, l’équité et un investissement soutenu dans la prévention. L’Afrique doit prioriser le financement de la santé et la production pharmaceutique locale, avec une volonté politique forte et un leadership décisif pour maintenir les progrès. L’ICASA continue de rapprocher science et politique, mais après 35 ans, des efforts intensifiés sont nécessaires.
Le cadre de leadership pour répondre aux crises de financement comprend :
- Seuls trois pays africains se sont engagés à consacrer 15 % de leur budget à la santé (selon la Déclaration d’Abuja).
- Le « Ghana’s Accra Reset » élabore une feuille de route pour la durabilité du financement national et la responsabilisation.
- Le Lesotho finance 80 % des ARV localement, les 20 % restants provenant des donateurs.
- L’initiative présidentielle de la RDC pour éradiquer le sida pédiatrique est soutenue par un financement national important d’environ 18 millions.
- Le Kenya et le Maroc lancent des initiatives d’infrastructures de santé numériques.
- Les partenariats public-privé sont essentiels pour assurer la durabilité des réponses au sida.
Les stratégies de mobilisation des ressources domestiques incluent le recours aux partenariats public-privé, l’introduction de taxes spéciales sur l’alcool et le tabac, l’engagement de la diaspora africaine, la création de fonds d’urgence et le renforcement de la transparence financière grâce au e-budgeting. Le contrat social permet aux gouvernements de financer les organisations de la société civile, et le financement domestique doit être institutionnalisé pour assurer la durabilité à long terme. Les approches intégrées impliquant les communautés, les familles et les partenaires sont cruciales, en particulier pour la santé des enfants.
8. Quelques recommandations pour l’action.
- Les gouvernements et les communautés devraient prioriser la prévention du VIH et établir des partenariats avec les médias pour la sensibilisation et le changement de comportement.
- Intégrer le conseil axé sur le comportement dans les stratégies de prévention et investir dans les soins de santé primaires ainsi que dans le développement des ressources humaines.
- Décentraliser et intégrer les services, renforcer les systèmes de données pour le suivi et l’évaluation, et inclure la PrEP à longue action dans les directives et les budgets.
- Les bailleurs de fonds devraient prioriser la prévention parallèlement au traitement, tandis que les cliniciens et les communautés doivent promouvoir la persistance, le choix et l’équité dans les soins VIH.
- Des mécanismes juridiques sont nécessaires pour garantir un financement durable et la responsabilité ; les parlementaires devraient surveiller et s’opposer aux projets de loi nuisibles et adopter des normes mondiales en matière d’égalité.
- Répondre à la violence basée sur le genre (VBG) avec des approches centrées sur les survivant·e·s et sans stigmatisation pour les populations clés.
- Adopter des outils de priorisation pour la prestation durable des services VIH et renforcer les plateformes de soins prénataux (ANC) pour les tests et traitements combinés.
- Accroître la production locale et la préparation réglementaire pour les produits VIH et intégrer les outils numériques dans les stratégies nationales.
- Accélérer l’alignement des politiques et la préparation aux nouvelles directives de l’WHO et le déploiement des traitements.
- Les dirigeants politiques doivent promouvoir les partenariats public-privé et tirer des leçons d’initiatives telles que Accra Reset, Uganda Fast Track et Lusaka Agenda.

Conclusion
Faisant écho à l’un des rapports : « mettre fin à la transmission du VIH nécessite plus que des médicaments ; cela exige du leadership, l’autonomisation des communautés, l’équité et un investissement soutenu dans la prévention ».

À cet égard, la 23ᵉ ICASA a catalysé un engagement renouvelé, l’innovation stratégique et la collaboration intersectorielle pour une réponse efficace au VIH, à la TB et au paludisme. L’intégration de la médecine traditionnelle, l’avancement des sciences cliniques, la prise en compte des barrières sociales et le renforcement du leadership et du financement sont essentiels pour atteindre le contrôle des épidémies et l’équité en santé en Afrique. Les recommandations présentées, entre autres, fournissent une feuille de route aux gouvernements, aux communautés et aux partenaires pour construire des systèmes de santé résilients et durables et mettre fin à la transmission du VIH sur le continent.
En fin de compte, des solutions durables aux défis sanitaires de l’Afrique nécessitent des efforts unis dans le leadership, la mobilisation des ressources et l’autonomisation des communautés. Comme l’a dit Osagyefo Dr. Kwame Nkrumah : « Divisés, nous sommes faibles ; une Afrique unie pourrait devenir l’une des plus grandes forces pour le bien dans le monde. »
ICASA est toujours révélatrice. On n’en sort jamais pareil. J’ai quitté cette conférence motivé et mieux équipé pour continuer à lutter contre les pandémies, les décès évitables et à défendre des communautés et des individus en bonne santé pour le bien-être de tous. Oui, je crois que, en tant qu’êtres humains, nous faisons partie des problèmes de notre continent, et que nous sommes ceux qui devons apporter des solutions, ce qui est possible.
Par, Fr. Matambura Ismael, SJ.
Directeur de l'AJAN.


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