Le Carême est un temps d'introspection et d'espoir
Première lecture : Genèse 2 :15-17 ; 3:1-7 Psaume responsorial : Psaume 51:3-6, 12-17 Deuxième lecture : Romains 5:12-19 Acclamation de l'Évangile : Matthieu 4:4b Évangile : Matthieu 4 : 1-11

La réflexion sur la lecture d’aujourd’hui est de S. Anthony IYOKO VILLASON SJ, Centre Catholique Universitaire, coordinateur CIEE/CCU, République centrafricaine.
Mes frères et sœurs,
Les lectures de ce premier dimanche du temps de carême nous placent face à une opposition flagrante : la chute d’Adam et la fidélité du Christ.
Le livre de la Genèse nous montre que l’homme reçoit tout de Dieu, mais qu’étant un être fragile il a besoin de vivre en présence du Seigneur. Quand l’homme refuse cette dépendance aimante et veut décider par lui-même, il se met en quelque sorte à la place de Dieu et rompt cette relation qui le faisait vivre pour une autonomie absolue. C’est précisément là que se produit le drame : le péché n’est pas d’abord un acte extérieur, mais bien une rupture intérieure de relation, où le cœur glisse vers la méfiance. Toutefois, si par un seul homme le péché est entré dans le monde, c’est aussi par un seul homme que la grâce est répandue à profusion sur la multitude, nous apprend Saint Paul.
L’Évangile présente justement cet homme au désert, c’est Jésus-Christ. Il affronte les épreuves non par une force extérieure mais par la Parole de Dieu intériorisée. Les cendres que nous avons reçues sur nos fronts marquent le commencement de cette épreuve désertique. Là où Adam a cédé dans le jardin, le Christ est demeuré fidèle dans l’aridité. Jésus apparait donc comme le nouvel Adam, celui qui restaure l’humanité en la réconciliant avec Dieu. Son combat au désert est le nôtre aujourd’hui, car le monde interconnecté dans lequel nous vivons nous expose à d’autres formes de désert : distraction permanente, dépendance au regard des autres, illusion d’autosuffisance et même recherche du pouvoir.
Dans la spiritualité ignatienne, le désert est le lieu du discernement des esprits. Saint Ignace nous apprend que la vie spirituelle est traversée de motions intérieures : consolations et désolations. Le tentateur génère la désolation, tandis que l’Esprit Saint produit en nous la consolation. Fort de ce postulat, le Carême devient pour chacun d’entre nous un temps d’examen de conscience où l’on doit se poser ces questions : Quelles voix habitent mon cœur ? Qu’est-ce qui me conduit vers la vie, et qu’est-ce qui m’en éloigne ?
Ignace parlerait ici de l’indifférence ignatienne : être libre intérieurement pour choisir ce qui conduit davantage à la vie en Dieu. Jésus au désert est totalement libre : il ne cherche ni pouvoir, ni prestige, ni sécurité. Il choisit uniquement la volonté du Père.
Pour nous aujourd’hui, dans notre vécu, dans nos activités quotidiennes, le désert peut prendre la forme de nos épreuves ou de nos combats intérieurs. Mais ces lieux ne sont jamais vides car Dieu y est avec nous. Le carême est donc un temps d’espérance. Il n’est pas un temps de tristesse, mais il est ce temps qui ouvre à la joie pascale.
Demandons donc au Seigneur la grâce de connaitre intimement le Christ qui combat pour nous, afin de l’aimer davantage et de le suivre plus librement. Mais aussi, que ce temps de Carême soit pour nous un chemin de retour au cœur et un chemin de vie nouvelle.
Ad majorem Dei gloriam.


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