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Réflexion du Mercredi des Cendres : « Revenez à Moi de tout votre cœur »

Première lecture : Joël 2:12-18, Psaume responsorial : Psaume 51:3-4, 5-6ab, 12-13, 14 et 17 Deuxième lecture : 2 Corinthiens 5:20 – 6:2 Verset avant l’Évangile : Psaume 95:7a-8a Évangile : Matthieu 6:1-6, 16-18

La réflexion sur la lecture d’aujourd’hui est présentée par Fr. Rampe Hlobo, S.J., Directeur, JEO.

Le Mercredi des Cendres n’est pas vraiment une invitation douce. Lorsque les cendres sont tracées sur nos fronts, l’Église nous confronte sans équivoque à la vérité de qui nous sommes et à l’urgence de ce que nous devons devenir. « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras à la poussière. » Ces paroles dépouillent toute illusion qui pourrait exister. Elles nous rappellent que le pouvoir, la richesse et les privilèges sont temporaires. Elles nous rappellent que l’histoire jugera la manière dont nous avons utilisé ce qui nous a été confié. Nous commençons le Carême comme un temps de prière, de jeûne et de réconciliation — avec Dieu, les uns avec les autres, et avec le reste de la création de Dieu. Mais ce ne sont pas des idéaux abstraits.

À partir de la lecture des Écritures d’aujourd’hui et jusqu’à ce moment de prise de conscience, le prophète Joël s’écrie :

« Revenez à moi de tout votre cœur, par le jeûne, les pleurs et le deuil. Que vos cœurs soient brisés, et non vos vêtements déchirés ; tournez-vous de nouveau vers le Seigneur votre Dieu, car il est tendresse et compassion… » (Joël 2:12–18)

Israël s’était éloigné. Le peuple avait laissé l’injustice et la complaisance corroder sa relation avec Dieu. Joël exige un cœur brisé — un cœur transpercé par la souffrance des autres et éveillé à la sainteté de Dieu, et non pas pour des gestes symboliques.

Aujourd’hui, cette même voix nous interpelle pour briser nos cœurs, c’est-à-dire permettre à Dieu de faire tomber la dureté qui nous protège des vérités inconfortables et laisser le cri des pauvres troubler notre confort spirituel. C’est un appel à reconnaître que le péché n’est pas seulement une faiblesse personnelle, mais aussi une réalité sociale — enracinée dans les systèmes, les politiques et les structures économiques qui excluent et exploitent, en particulier ceux qui se trouvent aux périphéries existentielles de la société : les migrants, les réfugiés, les pauvres, etc.

Dans l’Évangile selon Matthieu, Jésus intensifie le défi : « Lorsque vous faites l’aumône… lorsque vous priez… lorsque vous jeûnez… ne paradez pas vos bonnes actions devant les autres. » (Matt. 6:1–6, 16–18)

Il dénonce l’hypocrisie religieuse : une piété qui ne confronte pas l’injustice et ses structures de péché est vide. Une prière qui ignore la souffrance est autoréférentielle. La prière — une prière plus intense — en ce temps devrait nous aider ou nous conduire à résister à l’idolâtrie de la richesse et du pouvoir, nous permettant de détrôner chaque faux dieu — la corruption, la cupidité, le nationalisme et l’indifférence. Notre prière doit également intercéder pour les marginalisés, les pauvres et les souffrants, tout en nous habilitant à prendre soin de leurs besoins par l’aumône.

Le jeûne, en tant qu’observance du Carême, doit être un acte de protestation et non un exercice d’autosatisfaction. C’est un refus de participer sans questionnement aux modes de surconsommation alors que des millions de personnes sont privées des éléments essentiels à la vie. C’est un refus de normaliser une inégalité obscène, mais un choix de vivre simplement afin que d’autres puissent simplement vivre. Notre jeûne, comme le rappelle souvent le Pape François, doit bénéficier aux autres et nous rapprocher de l’esprit du Bon Samaritain — celui qui se penche sur son frère blessé, soigne ses blessures et prend la responsabilité de son soin. Cela doit également guider notre pratique de l’aumône pendant la saison du Carême : non pas un geste symbolique, mais une expression concrète de compassion, de solidarité et d’amour qui restaure la dignité et l’espérance des personnes dans le besoin. Un jeûne qui ne conduit pas à la solidarité avec ceux qui sont dans le besoin et moins favorisés que nous est théâtral.

Alors que nous commençons le Carême, nous réfléchissons également à la réconciliation, surtout dans un monde profondément blessé et divisé comme le nôtre. Il s’agit d’une reconstruction exigeant que nous réparions ce que le péché a fracturé — les relations entre les peuples, entre les dirigeants et le peuple confié à leur soin, entre l’humanité et la terre elle-même — notre maison commune. Tout ce qui est moindre réduit le Carême à un simple rituel.

Cette saison pénitentielle du Carême n’est donc pas un temps de spiritualité privée détachée de l’histoire. C’est une saison de jugement et de grâce. C’est un moment où Dieu met en lumière ce qui déshumanise et appelle à ce qui restaure la vie. Il nous invite à réfléchir au Scandale de l’Inégalité : l’écart croissant entre les extrêmement riches et ceux qui vivent dans une pauvreté abjecte n’est pas un sous-produit malheureux du développement. Ce n’est pas simplement un problème social. C’est une profonde crise morale et éthique qui confronte l’humanité et contredit l’Évangile.

À travers notre continent, le chômage des jeunes augmente tandis que la richesse se concentre entre les mains de quelques-uns, avec l’expansion de domaines de luxe alors que les quartiers informels se multiplient à un rythme alarmant. D’immenses ressources sont extraites du sol africain, et pourtant les communautés d’où ces ressources proviennent restent, au mieux, appauvries et, au pire, sombrent dans une pauvreté abjecte ou sont déplacées de force. Ce n’est pas accidentel. C’est structuré. Une telle inégalité est une forme de violence. Elle limite les opportunités. Elle vole l’espérance et elle tue.

Le thème 2026 de l’African Union (AU) sur l’accès à l’eau potable et à l’assainissement nous confronte à une vérité dévastatrice : plus de 411 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à une eau sûre. L’eau — la plus nécessaire à la vie et à la dignité — reste hors de portée pour des centaines de millions de personnes. Ce n’est pas simplement une statistique de développement ; c’est un signe de péché structurel.

Dans trop de cas, il s’agit de dirigeants choisissant — pour paraphraser Thomas Sankara — du champagne pour quelques-uns plutôt que de l’eau potable pour tous. Lorsque des enfants boivent de l’eau contaminée, leur souffrance révèle nos priorités déformées. Lorsque des communautés manquent d’eau potable, leur dignité donnée par Dieu est blessée. Refuser l’accès à l’eau potable n’est pas seulement un échec politique ; c’est une violation de la dignité humaine et une grave injustice morale.

Le Carême nous oblige à dire la vérité sur la gouvernance et la corruption — que ce soit dans les bureaux gouvernementaux, les conseils d’administration des entreprises ou les accords internationaux. La corruption n’est pas de l’intelligence ou de la ruse. Ce n’est pas une fatalité culturelle. C’est un péché. C’est un vol envers les pauvres. Lorsque les fonds publics destinés aux services sociaux pour les pauvres ou aux soins de santé disparaissent, des enfants meurent. Lorsque les ressources allouées aux infrastructures hydrauliques sont détournées, les communautés restent assoiffées. Lorsque des contrats enrichissent quelques-uns tout en endettant les nations, les générations futures sont accablées.

Tant les gouvernements que certains secteurs de l’industrie privée portent la responsabilité. Les modèles de développement extractifs qui exploitent la terre, déplacent les communautés et dégradent les écosystèmes sont incompatibles avec l’Évangile. La destruction de l’environnement n’est pas un dommage collatéral ; c’est un échec moral.

La corruption et l’exploitation de l’environnement sont liées. Elles prospèrent là où la responsabilité est faible et où le profit est valorisé au-dessus des personnes. Elles créent ce que la Catholic Social Teaching (CST) appelle les « structures de péché » — des réseaux d’injustice qui façonnent les comportements et normalisent ou perpétuent les inégalités et les injustices. Nous devons passer des structures de péché aux structures de grâce.

Les structures de grâce sont transparentes et privilégient le bien commun. Elles garantissent l’accès à l’eau, à l’assainissement, aux soins de santé, à l’éducation et à un travail digne. Elles protègent les écosystèmes en tant que biens sacrés, et non comme des marchandises destinées à une exploitation irréfléchie. Elles veillent à ce que la croissance économique ne sacrifie pas les plus vulnérables.

Le changement structurel, cependant, commence par une conversion spirituelle. Le prophète Ézéchiel — dont nous entendrons la voix à la Veillée pascale — proclame une promesse qui résonne avec une urgence prophétique :

« Je répandrai sur vous de l’eau pure, et vous serez purifiés… Je vous donnerai un cœur nouveau ; et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de vos corps le cœur de pierre et vous donnerai un cœur de chair à la place. » (Ézéchiel 36:24–28)

Dieu ne promet pas une réforme cosmétique. Dieu promet un renouveau radical — un cœur nouveau et un esprit nouveau. Un cœur de pierre reste insensible aux statistiques. Il explique l’inégalité et justifie l’excès ou l’accumulation pécheresse. Il tolère la corruption et l’injustice. Un cœur de pierre peut recevoir des cendres et rester inchangé. Un cœur de chair, en revanche, tremble devant l’injustice et refuse de normaliser la souffrance. Il exige que les politiques reflètent la compassion et reconnaît que la dégradation écologique est un désordre spirituel.

La crise écologique qui frappe l’Afrique — pénurie d’eau, désertification, pollution, déforestation — est indissociable de l’injustice sociale. Les pauvres souffrent en premier et le plus de la dégradation de l’environnement. Lorsque les rivières sont contaminées, lorsque les terres sont dépouillées, lorsque les régimes climatiques changent de manière imprévisible, ce sont les pauvres qui paient le prix le plus élevé.

Le Carême doit donc inclure une conversion écologique. Il doit nous inciter à repenser nos modes d’extraction et de consommation. Il doit conduire les communautés de foi à plaider en faveur de politiques durables et d’une gestion responsable. Prendre soin de la création n’est pas optionnel ; c’est essentiel pour le discipleship. Se réconcilier avec la création, c’est reconnaître que la Terre n’est pas une matière première pour un profit sans fin, mais un don sacré confié à notre soin.

Alors que nous entamons la saison pénitentielle du Carême, nous sommes appelés à rejeter toute forme de superficialité et à œuvrer pour une conversion véritable. La souffrance de millions de personnes, y compris la soif des 411 millions d’Africains privés d’eau potable, exige une action urgente. Le scandale de la corruption exige une action urgente. La dégradation des écosystèmes exige une action urgente.

Dieu n’est pas indifférent. Dieu appelle. Dieu juge. Dieu restaure.

« Revenez à moi de tout votre cœur. » Ce n’est pas une suggestion. C’est une convocation.

Que notre prière détrône les faux dieux.

Que notre jeûne mette en lumière l’injustice.

Que notre réconciliation reconstruise les communautés.

Que notre repentance démantèle les structures de péché et fasse naître des structures de grâce.

Et alors que nous cheminons vers Pâques, que nous nous attachions à la promesse d’eau pure et d’un cœur nouveau. Le Dieu qui répand de l’eau pure désire un continent renouvelé dans la justice. Le Dieu qui remplace les cœurs de pierre désire des leaders intègres et des communautés solidaires.

Les cendres que nous recevons aujourd’hui sont un signe de mortalité — mais aussi de mission. Nous sommes poussière, oui. Mais de la poussière sur laquelle souffle l’Esprit de Dieu.

Que ce Carême soit une saison de conversion courageuse — personnelle, sociale et écologique. Que l’Afrique s’élève avec un cœur de chair. Et que la justice coule comme une eau vive à travers notre continent.

P. Matambura Ismaël, SJ

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