Des femmes pleines de vie, de joie et inspirant l’Espérance
Du 25 au 28 février 2025, j’ai effectué quelques visites de supervision des activités du Réseau Jésuite Africain contre le VIH et SIDA (AJAN) sur terrain notamment le Projet « Building Resilience in women and Young girls in Africa (BRWGA) » (Construire la résilience chez les femmes et les jeunes filles en Afrique) soutenu par la Mission jésuite du Canada (Canadian Jesuits International) et que je remercie très sincèrement. Ce projet est exécuté au Centre St. Ignace par la Communauté de Vie Chrétienne (CVX) St. Ignace de Kinshasa au sein de la Paroisse St. Kizito de Kingabwa à l’Ouest de Kinshasa, la capitale de la R.D. Congo. Cette aide a permis à AJAN de réaliser une de ses missions : « investir dans la jeune femme pour relever, construire la famille, base de la société humaine ».
De l’ignorance à la vie de couturiers et couturières fiers et pleins d’espérance
Ma première visite dans ce coin caché de la grande mégalopole de Kinshasa dont la population est estimée à près de 17 millions (Kinshasa Population 2025) a été un moment de choque au regard de la misère dans laquelle les gens vivent. Paradoxalement, il y a une ambiance de joie, de résilience et d’une activité commerciale intense. A la rencontre avec les femmes et jeunes filles accompagnées par la CVX St Ignace, j’ai éprouvé un sentiment de consolation, d’encouragement et d’action de grâce.

Une de mes sources de joie et consolations en rencontrant les jeunes filles bénéficiaires du projet « Construire la Résilience chez les Femmes et les jeunes Filles en Afrique (BRWGA) » a été la grande joie qui transparaissait sur leurs visages. J’ai perçu dans leurs yeux des jeunes filles pleines de vie, de satisfaction, d’optimisme et d’espoir. Des filles fières de ce qu’elles sont devenues. Leur joie était authentique et naturelle ; c’était une joie contagieuse qui s’est vite transmise en moi ! Par l’appui financier d’AJAN 20 jeunes filles et un jeune garçon, parmi lesquelles les séropositifs, qui, six mois auparavant, étaient illettrées sont désormais capables d’écrire, de lire, de calculer et de coudre les habits de divers modèles ! Que c’est beau de voir telle rapide transformation ! A mon sens c’est un petit miracle ! Avec peu de moyens et de volonté, le miracle peut se produire. Elles étaient toutes habillées en uniformes confectionnées par elles-mêmes.

Une autre source de consolation fut le moment de me présenter leur mot de gratitude. Une d’elles, – Mlle Milca Nkazi s’éleva, ouvrit une farde et y sortit un texte écrit en français et d’une voix assurée elle commença à lire. Ce message émouvant lisait entre autres :
« Nous étions des jeunes filles et garçons abandonnés, négligés, voire délaissés qui erraient partout sans rien faire et sans espoir faute des moyens financiers, mais grâce à AJAN nous avons retrouvé le sourire et nous sommes aujourd’hui utiles à la société. Après six mois de formation nous sommes heureux de vous dire que nous avons bénéficié des plusieurs connaissances sur l’éducation civique, morale et chrétienne, l’alphabétisation et le français. Ça n’a pas était facile car toutes les conditions n’étaient pas réunies (manque de certains matériels, insuffisance des machines à coudre, la défection de la salle d’apprentissage, etc.) mais malgré cela nous avons atteint notre objectif grâce à l’équipe de formateurs très généreux et doués qui nous ont encadrés et formés pour faire de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Désormais nous savons lire, écrire, calculer et coudre les habits … L’action que vous avez posée va de pair avec la parole de Dieu qui dit :« j’ai eu faim vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif vous m’avez donné à boire, j’étais nu vous m’avez vêtu…(Mt.25,34-40). De notre part nous disons : nous étions inutiles, abandonnés, tristes, … vous nous avez redonné les sourire et vous avez fait de nous des hommes de des femmes utiles à la société »
Un autre moment de consolation et de gratitude pour moi fut l’écoute du mot de l’équipe de formateurs. Ce fut un mot qui traduit un sentiment de satisfaction qui les habite. L’équipe a souligné avoir eu des filles et des hommes consciencieux, appliqués et enthousiastes et plein de bonne volonté pour apprendre. Ces jeunes font leur fierté, insistent-ils dans leur mot. A cet égard, Mme Tshilomba Régine, Responsable du Centre de formation et Promotion féminine (CFPF St Kizito) affirme : « après six mois de formation en coupe et couture, nous sommes fiers de vous présenter une équipe des couturiers capable de nous représenter partout » et elle poursuivit en disant « malgré les difficultés rencontrées, ils ont tenu bon et aujourd’hui le proverbe chinois: « Si tu me donnes un poisson aujourd’hui je mangerai et demain j’aurai faim ; si tu m’apprends à pêcher je n’aurai plus jamais faim » s’est réalisé ».

En plus des jeunes qui ont été initiés à la couture et à d’autres valeurs et compétences humaines, une trentaine des femmes adultes parmi lesquelles les séropositives ont reçu un appui financier pour renforcer leurs activités génératrices des revenus. Leurs témoignages sont très riches et encourageants. Avec l’aide de la CVX, elles sont devenues une même famille : elles partagent leurs expériences pour s’assurer de la bonne adhésion au traitement antirétroviral, elles se visitent mutuellement et soutiennent celles qui sont plus affaiblies par la maladie dans leurs maisons. De plus pour plus de durabilité, elles ont constitué un fonds où chacune contribue selon ses revenus. A ce jour elles ont épargné l’équivalent en francs congolais d’environ 750 USD. Ce fonds sert à soutenir les membres du groupe en difficulté et à renforcer les activités de ceux et celles qui sont dans le besoin. Mes félicitions à elles et ceux qui les encadrent, notamment Dr Anne Marie Ibrahim, M. Remy Ngamba et Paul Mwense !
Le Directeur du Centre St. Ignace mission de Kingabwa, M. Remy Ngamba est très reconnaissant de la formation sur la gestion durable des projets » et bien d’autres dont il a bénéficié à AJAN avec d’autres responsables membres du Réseau AJAN. Pour lui, l’action d’AJAN leur a permis d’organiser leurs aides aux personnes vulnérables de manière plus durable et efficace. A cet égard, il affirme :
« Avant nous récoltions les dons et nous les distribuons aux bénéficiaires et allions chercher d’autres à distribuer et ainsi de suite. Aujourd’hui, grâce aux formations que nous avons reçues à travers l’équipe d’AJAN nous savons désormais comment penser et planifier la durabilité ainsi que comment suivre l’impact de nos actions. Ces formations nous ont ouvert l’esprit. Par exemple « Le fonds d’épargne commun » que les bénéficiaires ont commencé à constituer grâce à leurs bénéfices, va être redistribué pour relancer et autonomiser les nouvelles bénéficiaires bien ciblées, appuyer les enfants orphelins ainsi que les autres membres malades sans attendre forcément l’intervention de l’extérieur. Grand merci à AJAN et à ses bienfaiteurs qui nous ont permis d’ouvrir les yeux et de changer notre manière d’aider les autres. Nous le faisons désormais avec un autre état d’esprit ».

Je suis convaincu qu’aucun individu, aucune communauté ne peut évoluer en vase- clos. En d’autres termes, personne sur cette terre ne peut dire qu’il se suffit à lui seul ; nous avons toujours besoin de l’appui des autres pour progresser dans toute vie. Ma gratitude va aux membres de la CVX St. Ignace pour ce ministère de consolation qu’ils accomplissent dans ce milieu très défavorisé de Kinshasa ; grand merci au Père Blaise Evagle (membre de la congrégation C.I.C.M), Curé de la Paroisse St. Kizito pour son implication, ma gratitude et encouragement à tous ces jeunes qui ont compris que la grâce va toujours avec l’effort personnel et qui apprennent à se prendre en charge pour construire un monde plus fraternel et, partant, une génération des jeune sans pauvreté, une génération digne de confiance, autonome et signe d’espoir.
Les besoins sont immenses mais les moyens très limités. Que Dieu accompagne davantage les initiatives de ces jeunes filles et femmes et suscitent davantage les générosité en leur faveur.
Histoires de réussite

Mme Antoinette, vendeuses d’articles divers.
• Mme Antoinette, vendeuses d’articles divers. J’ai eu l’occasion d’échanger avec une des bénéficiaires du projet, Mme Antoinette. Elle a commencé une petite activité de commerce avec trois plateaux d’œufs reçus de la CVX en 2023 par le biais du Père jésuite Michel Lobunda (Aumônier de la CVX St. Ignace). Avec cette aide et l’appui reçu d’AJAN elle a pu diversifier ses produits (les jus, l’eau, les œufs, la patte d’arachide, etc.). A ce jour, merci à Dieu, elle a réussi à acheter 2 motos qu’elle exploite comme taxi dans la ville. Ainsi, elle emploie deux jeunes pour ce service et elle en est très fière. Mme Antoinette est très reconnaissante envers AJAN et la CVX leur appui et l’accompagnement inconditionnels. Pour elle, c’est une grande marque d’amour et de générosité. Elle « bénie et prie pour tous ceux qui soutiennent AJAN à travers qui elles et ses collègues femmes ont accédé à cette aide qui fait d’elles, aujourd’hui, des femmes de valeur ».
J’ai eu l’occasion d’échanger avec une des bénéficiaires du projet, Mme Antoinette. Elle a commencé une petite activité de commerce avec trois plateaux d’œufs reçus de la CVX en 2023 par le biais du Père jésuite Michel Lobunda (Aumônier de la CVX St. Ignace). Avec cette aide et l’appui reçu d’AJAN elle a pu diversifier ses produits (les jus, l’eau, les œufs, la patte d’arachide, etc.). A ce jour, merci à Dieu, elle a réussi à acheter 2 motos qu’elle exploite comme taxi dans la ville. Ainsi, elle emploie deux jeunes pour ce service et elle en est très fière. Mme Antoinette est très reconnaissante envers AJAN et la CVX leur appui et l’accompagnement inconditionnels. Pour elle, c’est une grande marque d’amour et de générosité. Elle « bénie et prie pour tous ceux qui soutiennent AJAN à travers qui elles et ses collègues femmes ont accédé à cette aide qui fait d’elles, aujourd’hui, des femmes de valeur ».

Mme N’simba, vendeuse des pains.
J’ai rencontré aussi Mme N’simba, vendeuse des pains. Elle a commencé avec 4 bacs de pains baguettes de 40 pièces chacun. En 2 ans son entreprise a grandi et aujourd’hui elle écoule 30 bacs de 40 pièces de différents types. Elle se réjouit car ses bénéfices augmentent progressivement. Le weekend seulement elle peut arriver à épargner environ 30 USD équivalent en francs congolais. Avec ça affirme-t-elle avec sourire « je ne manque plus de quoi nourrir mes enfants et subvenir aux besoins de mes filles ». Elle rend grâce à Dieu pour la vie et qui a occasionné sa rencontre avec la CVX. Elle est très reconnaissante de l’appui et l’encadrement reçu de la CVX et d’AJAN. Sa prière et son souhait est que d’autres femmes accèdent aussi à cette même aide et encadrement d’AJAN pour avoir moins d’enfants qui deviennent bandits ou des filles prostituées à cause de la pauvreté et d’autres qui manquent d’aller à l’école par manque des moyens financiers.
Par, P. Ismael Matambura SJ,
Directeur de l'AJAN.
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