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Des chutes de tissu à une entreprise prospère : comment Umutesi Celine a transformé sa créativité en opportunité

Et si la plus grande opportunité de changement se cachait dans ce que les autres jettent ?

À travers l’Afrique, des millions de jeunes possèdent le talent, la créativité et la détermination nécessaires pour réussir, mais beaucoup peinent à accéder aux opportunités et aux compétences pratiques indispensables pour construire des moyens de subsistance durables. Au Rwanda, où plus des trois quarts de la population ont moins de 30 ans, le chômage des jeunes demeure un défi majeur. En réponse à cette situation, Jesuit Urumuri Centre (JUC)—un Centre de terrain d’AJAN au Rwanda—accompagne les jeunes depuis 2019 grâce à son programme Youth Empowerment for Social Innovation and Entrepreneurship. En aidant les participants à transformer leurs talents en entreprises viables, ce programme favorise l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs qui créent des emplois, protègent l’environnement et inspirent l’espoir. Le parcours d’Umutesi Celine est l’une de ces histoires remarquables.

Pour Umutesi Celine, une entrepreneure rwandaise de 28 ans, la réponse s’est trouvée dans des chutes de tissu, des morceaux de charbon de bois et une détermination sans faille à créer malgré le peu de ressources dont elle disposait.

Aujourd’hui, elle est la fondatrice de Cado House of Art, une entreprise créative en pleine croissance qui transforme les déchets textiles en magnifiques œuvres d’art, tout en créant des emplois et en promouvant la durabilité environnementale. Mais son parcours a commencé avec un rêve simple… et des ressources très limitées.

Créer sans limites

Bien avant de posséder un pinceau, Celine était déjà une artiste. Lorsqu’elle était étudiante, elle aimait décorer les cahiers de ses camarades, simplement pour le plaisir de créer. Après avoir terminé ses études secondaires en 2019, elle a été inspirée par les artistes qu’elle suivait sur les réseaux sociaux. Elle a alors compris que l’art pouvait être bien plus qu’une passion : il pouvait devenir une véritable profession.

Il n’y avait qu’un seul problème : elle n’avait pas les moyens d’acheter de la peinture. Au lieu d’abandonner, Celine a fait preuve d’ingéniosité. Elle faisait tremper des craies pour enfants dans de l’eau, les réduisait en pigments, séparait les différentes couleurs qu’elle pouvait trouver et utilisait du charbon de bois chaque fois qu’elle avait besoin de noir. Grâce à ces matériaux fabriqués par ses soins, elle a continué à créer des œuvres d’art et à les partager en ligne.

Les gens lui demandaient sans cesse : « Est-ce vraiment toi qui as réalisé cela ? » Cette question est devenue le point de départ d’un parcours qui allait transformer sa vie.

Voir de la valeur là où les autres ne voyaient que des déchets

Alors qu’elle étudiait la Foresterie et la Gestion de l’Environnement à l’Integrated Polytechnic Regional College of Kitabi (IPRC Kitabi), Celine remarqua des tas de chutes de tissu jetées par les tailleurs locaux. Beaucoup considéraient ces restes comme des déchets sans valeur. Elle, au contraire, y voyait une opportunité.

Inspirée par ses études en environnement, elle a commencé à récupérer les chutes de tissu abandonnées et à les intégrer dans ses œuvres d’art, réalisant des cartes, des oiseaux, des animaux et d’autres objets décoratifs. Ce qui n’était au départ qu’une simple expérimentation s’est rapidement transformé en Cado House of Art, une entreprise créative fondée sur la conviction que la protection de l’environnement et la création d’opportunités économiques peuvent aller de pair.

Aujourd’hui, l’entreprise réalise des œuvres d’art en tissu et peintes, des uniformes personnalisés pour les écoles, les cafés et les pharmacies, des pots de fleurs décoratifs, des coques de téléphone relookées, ainsi que de nombreux autres produits créatifs fabriqués à partir de matériaux recyclés.

Commencer modestement, rêver en grand

Le premier investissement de Celine ne provenait ni d’une banque ni d’un investisseur. Il est né de sa discipline.

Sur son allocation mensuelle d’étudiante de 40 000 francs rwandais (RWF), elle économisait 10 000 RWF afin d’acheter ses premiers véritables matériels de peinture. Elle a commencé par décorer des coques de téléphone qu’elle vendait à 500 RWF l’unité. Chaque franc gagné était réinvesti dans son activité. À mesure que ses compétences se perfectionnaient, la demande des clients et la valeur de son travail augmentaient également.

Très vite, elle s’est mise à repeindre des chaussures, à réaliser des œuvres d’art encadrées et à bâtir progressivement ce qui allait devenir une entreprise durable. Pourtant, le succès lui a aussi apporté de nouvelles leçons. « Je travaillais dur, mais sans véritable orientation », confie-t-elle. Comme beaucoup de jeunes entrepreneurs, elle mélangeait les finances de son entreprise avec ses dépenses personnelles, manquait d’une stratégie claire et attendait que les clients viennent à elle au lieu d’aller activement à leur rencontre.

Apprendre à construire une entreprise

Tout a changé lorsque Celine a participé à la formation Youth Empowerment for Social Innovation and Entrepreneurship au JUC. Ce programme lui a permis d’acquérir des compétences entrepreneuriales concrètes, notamment en gestion financière, en stratégie de marque (branding), en relation avec la clientèle, en gestion du temps et en planification d’entreprise grâce au Business Model Canvas.

Plus important encore, cette formation l’a amenée à repenser son identité en tant qu’entrepreneure. Elle a rebaptisé son entreprise Cado House of Art, en s’inspirant du mot français cadeau, car elle considère que son talent artistique est un don de Dieu et que son entreprise doit, à son tour, devenir un cadeau pour les autres.

« La formation m’a aidée à mieux organiser mon entreprise, à comprendre l’importance de la stratégie de marque (branding) et à apprendre que les clients ne viennent pas simplement à vous : il faut aller activement à leur rencontre. La croissance exige des efforts, de la constance et une bonne communication avec les clients. »

Un tournant décisif

Une opportunité a tout changé. Celine a obtenu un contrat d’une valeur de 2 millions de francs rwandais (RWF) pour fabriquer des calots médicaux destinés aux professionnels de la santé. Au lieu de dépenser les revenus générés, elle les a réinvestis en achetant des équipements industriels d’une valeur de 750 000 RWF et en investissant 1,2 million de RWF dans les matières premières et la main-d’œuvre. Ce projet a marqué son passage d’une artiste talentueuse travaillant seule à la dirigeante d’une entreprise structurée et en pleine croissance.

Créer des emplois et inspirer les autres

Aujourd’hui, Cado House of Art emploie huit travailleurs qualifiés — cinq femmes et trois hommes — parmi lesquels des menuisiers, des tailleurs et des designers qui contribuent aux projets selon les besoins. L’entreprise répond aux besoins des touristes, des cafés, des pharmacies, des écoles, des couples et des particuliers à la recherche de produits artistiques uniques

Officiellement enregistrée et en conformité avec ses obligations fiscales, l’entreprise de Celine voit désormais ses créations apparaître sur des panneaux d’affichage publics et être exposées dans les espaces publics animés du Rwanda. Son entreprise, lancée avec seulement 20 000 RWF, est aujourd’hui évaluée à plus de 6 millions de RWF, tout en générant un revenu mensuel moyen d’environ 100 000 RWF.

Regarder vers l’avenir

Celine rêve de faire rayonner la créativité africaine auprès d’un public encore plus large en lançant un site web et une application mobile qui permettront aux touristes et aux clients d’acheter ses produits où qu’ils se trouvent. Bien que des défis subsistent, notamment l’accès limité aux matières premières et l’expansion vers des marchés plus vastes, elle poursuit son chemin avec confiance et détermination.

Un message aux jeunes entrepreneurs africains

Le parcours de Celine nous rappelle que l’entrepreneuriat ne commence pas toujours par un capital. Parfois, il commence par le courage.

Tout commence par la capacité de voir des opportunités là où les autres ne voient que des déchets, de choisir la persévérance plutôt que les excuses et de croire que de petits débuts peuvent conduire à un impact extraordinaire. Partout en Afrique, d’innombrables jeunes possèdent des talents qui ne demandent qu’à être révélés. Avec de la créativité, les compétences appropriées et des opportunités d’apprendre et de progresser, ces talents peuvent se transformer en entreprises qui créent des emplois, protègent l’environnement et transforment les communautés.

Parce que l’avenir de l’Afrique ne sera pas seulement construit par ceux qui disposent de ressources, il sera aussi façonné par ceux qui osent les créer.

Par, Équipe des communications,

Jesuit Urumuri Centre, Rwanda.

P. Matambura Ismaël, SJ

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