L'avenir de l'enfant africain repose sur l'accès à l'eau potable et à une vie digne.
En 2026, nous commémorerons le 50e anniversaire du soulèvement des étudiants de Soweto, qui protestaient contre les mauvaises conditions d'enseignement et l'imposition de l'afrikaans comme langue d'instruction. Cette expression civique pacifique et cette défense des droits humains ont abouti au massacre tragique du 16 juin 1976. Cette année marque également le 35e anniversaire de la proclamation du 16 juin comme Journée de l'enfant africain par l'Organisation de l'unité africaine, devenue l'Union africaine, afin de promouvoir et de protéger les droits des enfants à travers l'Afrique. Aujourd'hui encore, les injustices envers les enfants et l'accès limité aux besoins fondamentaux demeurent une réalité. Quelles leçons en avons-nous tirées ?
En cette Journée de l’enfant africain 2026, la communauté internationale est invitée à prendre conscience d’une vérité fondamentale : l’avenir de l’enfant africain est indissociable de l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène. Comme nous le rappelle l’Écriture : « Laissez venir à moi les petits enfants » (Mt 19, 14), le droit de chaque enfant à la vie, à la santé, à la dignité et à l’espoir doit être protégé de toute urgence.
Le thème de cette année, « Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique, », est plus qu’une priorité politique ; c’est un impératif moral et évangélique. Les services WASH sont essentiels à la dignité humaine et à la plénitude de vie promise par le Christ : « Je suis venu afin qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). Comme l’enseigne un proverbe africain : « L’eau, c’est la vie, et la vie, c’est l’eau. »
Pour le Réseau jésuite africain contre le sida (AJAN) et ses institutions partenaires, cette mission revêt un caractère profondément personnel. Guidé par la Préférence apostolique universelle des jésuites, qui consiste à cheminer aux côtés des jeunes et à les accompagner dans la construction d’un avenir plein d’espoir, l’AJAN refuse de rester les bras croisés alors que la pauvreté, le changement climatique, les conflits, la maladie et l’exclusion sapent les perspectives d’avenir de la prochaine génération. Le pape François rappelle aux jeunes dans Christus Vivit que « le Christ est vivant ! Il est notre espérance » et qu’« il veut que vous soyez vivants » (Christus Vivit, n° 1). Dans Dilexi Te, le pape Léon XIV rappelle également que le Christ dit à ses disciples, les pauvres et les sans-pouvoir : « Je t’ai aimé » (Ap 3, 9 ; Dilexi Te, n° 3). Cet espoir se concrétise lorsque les enfants sont protégés et éduqués, que leur dignité est promue et qu’ils ont accès aux ressources de base dont ils ont besoin pour s’épanouir.
Le bouclier silencieux : l'eau, l'assainissement et l'hygiène (WASH) et la lutte contre le VIH.
Lorsque l’on évoque la lutte contre le VIH et le sida, l’attention se concentre souvent sur les traitements antirétroviraux et les interventions médicales. Or, pour être efficace, la médecine a besoin d’un socle de santé solide. Pour les enfants et les adolescents vivant avec le VIH, l’eau potable et un assainissement adéquat constituent un bouclier silencieux mais puissant. « Quiconque donnera ne serait-ce qu’un verre d’eau fraîche à l’un de ces petits » ne perdra pas sa récompense (Mt 10, 42). Dans cette optique, chaque forage, chaque latrine, chaque point d’eau pour se laver les mains et chaque cours d’hygiène devient un acte de miséricorde et de justice.
Sans accès à l'eau potable, les enfants vulnérables sont exposés à des infections opportunistes qui affaiblissent leur système immunitaire, nuisent à l'observance du traitement et compromettent leur nutrition. En donnant la priorité aux infrastructures WASH, AJAN préserve la dignité et renforce la résilience, veillant à ce qu’un diagnostic médical ne détermine pas le destin d’un enfant. Comme le dit un proverbe africain : « Un enfant qui n’est pas accueilli par le village le brûlera pour en ressentir la chaleur ».
Malawi : Cultiver l'espoir en première ligne face au changement climatique.
Au Malawi, où le pouls de l’économie est directement lié à l’agriculture, le changement climatique n’est plus une menace lointaine ; c’est une réalité quotidienne. Des précipitations irrégulières, des sécheresses dévastatrices et des rendements agricoles en baisse exercent une pression considérable sur les familles rurales. Ce sont souvent les enfants qui portent le fardeau le plus lourd, quittant parfois les salles de classe pour parcourir de longues distances à la recherche d’eau. Les Écritures évoquent cette soif avec compassion : « Les pauvres et les nécessiteux cherchent de l’eau, et il n’y en a pas… Moi, le Seigneur, je leur répondrai » (Ésaïe 41:17). Par conséquent, le travail consistant à fournir de l’eau est aussi une participation à la réponse de Dieu au cri des plus vulnérables, y compris les enfants.

En 2023, grâce à un financement JesuitenWeltweit Deutschland, le JCED a aidé la communauté de Mchenga à Phalombe en lui fournissant un nouveau forage et a réhabilité trois forages à Chiradzulu qui avaient été endommagés par le cyclone Freddy. Crédits : le Centre jésuite pour l'écologie et le développement (JCED).
Face à cette crise écologique, le Centre jésuite pour l’écologie et le développement (JCED) y répond par une approche holistique inspirée de l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Le pape François enseigne que « tout est lié » (Laudato Si’, n° 91) et que le souci de l’environnement doit aller de pair avec l’amour de nos semblables et un engagement à résoudre les problèmes sociaux. À travers le projet Tasintha Mlimi, le JCED démontre que la durabilité environnementale et le développement humain sont indissociables.
Le JCED a réussi à fournir une eau sûre et fiable aux villages vulnérables de Njalale, Dawa et Thipa. Parallèlement, il installe actuellement un réseau d'approvisionnement en eau alimenté par l'énergie solaire à l'école primaire de Katayanthona. Cette innovation ne se contente pas d’étancher la soif des élèves ; elle transforme l’école en un havre d’apprentissage, allège le fardeau des tâches ménagères pour les jeunes enfants et renforce la résilience de la communauté face aux chocs climatiques. Comme le dit le proverbe africain : « Si tu veux aller vite, pars seul ; si tu veux aller loin, pars ensemble ». Le travail de JCED va loin car il place les communautés, les écoles, les familles et la création sur le même chemin de l’espoir.


Image fournie par : Centre jésuite pour l'écologie et le développement (JCED).
A multimedia feature accompanying this message highlights how people and communities are turning awareness into daily practices that promote health, dignity, and the environment. 📷 compelling eight-minute documentary on the Tasintha Mlimi project.
Madagascar : Renforcer la résilience sur une île frontalière.
Les défis liés à l'accès à l'eau et à la durabilité environnementale ne se limitent pas au continent. De l'autre côté de l'océan Indien, Madagascar est confronté à des réalités écologiques complexes qui touchent directement les enfants, les familles et les communautés vulnérables. Le Livre de la Genèse rappelle à l'humanité que la création nous a été confiée pour que nous en prenions soin (Gn 2, 15). Par conséquent, protéger la terre, l'eau et la biodiversité, c'est aussi protéger les plus démunis.
Madagascar est régulièrement confronté à des cyclones, des sécheresses, des inondations et à l'érosion, ainsi qu'à une résilience environnementale en déclin. Ces crises qui s'accumulent endommagent les infrastructures, perturbent les services essentiels et compromettent l'accès à l'eau potable et à l'assainissement, augmentant ainsi les risques sanitaires pour les enfants déjà en situation de vulnérabilité socio-économique.

Face à ces réalités fragiles, le Centre Arrupe Madagascar (CA-MDG) s’est donné une vision ambitieuse : œuvrer pour « une société plus juste, un monde plus viable et un environnement plus vivable ». Inspiré par la foi, engagé pour la justice et guidé par les priorités sociales et écologiques de la Province jésuite de Madagascar, le Centre promeut des solutions durables pour les plus pauvres et les plus vulnérables. L'appel du pape François dans Laudato Si’ à entendre à la fois « le cri de la terre et le cri des pauvres » (Laudato Si’, n° 49) trouve une expression concrète dans cette mission.
À travers son programme « Environnement et développement durable » et le projet « Éducation à la vie et à l'environnement » , CA-MDG encourage la gestion responsable de l'environnement, l'accès équitable aux ressources naturelles et le développement durable. Ce programme reflète une vérité simple : la protection de la création et la promotion de la dignité humaine vont de pair.
La RDC : une bouée de sauvetage au milieu du chaos du conflit.
Si l'eau est indispensable en temps de paix, elle devient une question de survie immédiate en temps de guerre. Dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), l'escalade du conflit a détruit les infrastructures et laissé des familles déplacées sans protection. L'image du bon Samaritain dans l'Évangile (Lc 10, 25-37) invite chaque communauté de foi à s'arrêter, à voir et à répondre à la souffrance—non pas à distance, mais avec une compassion concrète.
À la suite des graves perturbations causées par l'intensification des combats, des centaines de milliers d'habitants se sont retrouvés privés d'accès à l'eau potable, à l'électricité et aux services d'assainissement. En réponse à cette situation, l'UNICEF et ses partenaires ont fourni chaque jour de l'eau potable, indispensable à la survie, à environ 700 000 personnes à Goma, dont plus de 364 000 enfants.
Dans un pays où seuls 43 % de la population ont accès à des services d'approvisionnement en eau de base et seulement 15 % à des installations sanitaires de base, le rétablissement de ces services n'est pas seulement une question de logistique ; il s'agit d'un triage d'urgence pour la survie humaine. À cet égard, le pape François met en garde contre une culture de l’indifférence et appelle l’humanité à reconnaître que nous sommes « tous dans le même bateau », où les problèmes d’une personne sont les problèmes de tous (Fratelli Tutti, n° 32). En RDC, cet appel se concrétise dans chaque action qui rétablit l’accès à l’eau, à l’assainissement, à la sécurité et à la dignité.

Parallèlement aux interventions d'urgence visant à relever les défis liés à l'eau et à l'assainissement en RDC, le centre de terrain d'AJAN, le Centre Maisha à Kisangani, s'attache à favoriser un changement de comportement à long terme grâce à l'éducation communautaire et à l'engagement des jeunes. Conscient que l'accès à l'eau potable doit aller de pair avec une bonne hygiène, le Centre organise régulièrement des campagnes de sensibilisation dans les écoles et les communautés sur l'assainissement, la propreté de l'environnement, la prévention des maladies et le changement climatique. Grâce à ces initiatives, les élèves adoptent des habitudes d'hygiène saines, prennent soin de leur environnement et deviennent des ambassadeurs de la protection de l'environnement. Le Centre croit en l'appel de Dieu : « Éduque l'enfant selon la voie qu'il doit suivre ; et quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas » (Proverbes 22:6). Le Centre Maisha complète ces activités de sensibilisation par un soutien pratique en fournissant du matériel d'assainissement et en promouvant des environnements scolaires propres, contribuant ainsi à réduire la propagation des maladies d'origine hydrique et liées à l'hygiène.
Burundi : aider les communautés déplacées par une catastrophe à se reconstruire
Les répercussions de la crise en RDC se font clairement sentir au Burundi voisin, où le Service Yezu Mwiza (SYM) intervient à la croisée des chemins entre déplacements forcés, pauvreté et santé publique. Dans de tels contextes, la mission de l’Église est d’être aux côtés de ceux dont la vie a été bouleversée, en gardant à l’esprit les paroles du Concile Vatican II : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, […] sont les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ » (Gaudium et Spes, n° 1), ainsi que la parole du Christ : « J’étais étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35).
Lorsque des conflits ou des inondations — comme la récente crue de la rivière Rusizi à Gatumba — obligent des familles à se réfugier dans des communautés d'accueil surpeuplées, la pression sur les ressources en eau augmente considérablement. Cela contribue directement, entre autres conséquences, à la malnutrition chronique des enfants, à la perturbation de la scolarité et à la propagation de maladies infectieuses.
Pour y remédier, SYM concilie l'aide d'urgence immédiate avec une approche globale de la santé publique. Au-delà de la lutte contre les maladies d'origine hydrique, SYM reconnaît qu'un assainissement adéquat et un environnement propre sont essentiels pour prévenir et gérer un éventail plus large de maladies infectieuses, notamment la tuberculose (TB) et la lèpre.

Grâce à des actions de sensibilisation communautaire, à l'éducation à l'hygiène et au soutien à l'amélioration des conditions de vie, SYM protège la dignité et le bien-être des familles vulnérables. L'accès à l'eau potable renforce l'immunité des patients et favorise le traitement et le rétablissement des personnes atteintes de tuberculose et de lèpre. Comme nous le rappelle un proverbe africain : « Quand les toiles d'araignée s'unissent, elles peuvent ligoter un lion ».
Une vision pour demain.
Les réalités vécues au Malawi, à Madagascar, en République démocratique du Congo et au Burundi révèlent une vérité indéniable : l'eau ne se résume jamais à une simple question d'hydratation. Elle est la pierre angulaire de l’éducation, le fondement des soins de santé, la base de la justice environnementale et la condition préalable à la dignité humaine. Le pape François enseigne que « l’accès à l’eau potable est un droit humain fondamental et universel, » car il est essentiel à la survie et à l’exercice des autres droits humains (Laudato Si’, n° 30). Défendre l’eau, c’est donc défendre la vie elle-même.
Alors que nous célébrons la Journée de l’enfant africain, l’AJAN et ses partenaires ne se contentent pas de réfléchir aux défis qui subsistent. Ils renouvellent leur engagement sacré à accompagner les jeunes, les familles et les groupes marginalisés. Le prophète Amos appelle à ce que la justice « coule comme les eaux, et la droiture comme un torrent inépuisable » (Amos 5:24). Cette justice doit couler à travers les écoles, les cliniques, les villages, les camps de déplacés et chaque foyer où un enfant attend la chance de vivre dans la dignité.
Investir aujourd’hui dans l’avenir des enfants africains en leur garantissant un accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène est l’un des moyens les plus efficaces de bâtir un continent plus sain, plus équitable et plein d’espoir pour les générations à venir. L’avenir de l’enfant africain ne sera pas assuré par de simples paroles, mais par des puits qui fonctionnent, des écoles qui protègent, des communautés qui prennent soin d’eux et des politiques qui placent le bien-être des enfants et le bien commun au premier plan. Comme le dit le proverbe : « L'enfant aimé a de nombreux noms ». Cela signifie que l'enfant n'est jamais anonyme ; il est reconnu, protégé et célébré comme porteur d'espoir et d'avenir. Puisse chaque enfant africain être connu par son nom, dans la dignité, la santé et l'espoir, et que son bien-être soit promu.
Que la justice coule à flots.
Conscient des avantages du partenariat et de la collaboration, comme le reflète l’adage « l’union fait la force », en cette Journée de l’enfant africain, j’appelle toutes les personnes de bonne volonté à passer de la préoccupation à l’engagement. Le pape Léon XIV nous rappelle : « Si vous voulez cultiver la paix, prenez soin de la création », et insiste en outre sur le fait que « nous devons transformer les paroles et les réflexions en choix et en actions fondés sur la responsabilité, la justice et l’équité » (Message à la COP30, 7 novembre 2025). Les gouvernements et les décideurs politiques doivent donner la priorité aux investissements en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) centrés sur l’enfant dans les écoles, les établissements de santé, les communautés rurales et les zones de déplacement. Les institutions confessionnelles, les écoles et les communautés devraient promouvoir l’éducation à l’hygiène, la responsabilité écologique et la solidarité concrète avec les familles vulnérables. Les partenaires de développement et les bailleurs de fonds sont invités à soutenir des systèmes d’approvisionnement en eau durables, des infrastructures résilientes au changement climatique et des programmes d’assainissement menés par les communautés. Les parents, les personnes qui s’occupent d’enfants et les jeunes peuvent devenir les gardiens de l’eau propre en protégeant les sources d’eau, en pratiquant une bonne hygiène et en plaidant pour des environnements sûrs.
Que ces trois questions résonnent dans nos cœurs et nous poussent à agir : Où sont nos enfants ? Comment et dans quel environnement sont-ils éduqués ? Où reçoivent-ils des soins de santé, et comment sont-ils élevés et protégés ?
Si la justice doit « se répandre comme les eaux », comme nous le rappelle le prophète Amos (Amos 5:24), alors chaque puits réparé, chaque point d’eau installé, chaque école protégée et chaque enfant accompagné constituent un pas vers l’Afrique saine à laquelle nous aspirons, une Afrique qui prend soin de sa jeune génération, la protège, la nourrit et investit en elle à tout prix. Ce n’est qu’ainsi que l’avenir de chaque enfant africain sera assuré.
Père Ismael Matambura, SJ
Directeur, AJAN.


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