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Nourrir les communautés : l’histoire de l’entreprise Nato La Boyomaise fondée par Anita et Deborah

En République démocratique du Congo (RDC), l’insécurité alimentaire demeure un défi majeur, et la participation économique des femmes est souvent limitée par des obstacles structurels. Au cœur de Kisangani, cependant, une entreprise sociale dynamique est en train de réécrire cette réalité.

Nato La Boyomaise, une entreprise dirigée par des jeunes, réalise des avancées significatives dans l’économie locale grâce à la transformation et à la commercialisation du pondu, un aliment emblématique de la cuisine congolaise préparé à partir de feuilles de manioc. Fondée par la jeune entrepreneure visionnaire Anita Nato, aux côtés de la cofondatrice Deborah Angeli, l’entreprise illustre comment des solutions locales peuvent contribuer à lutter contre la pauvreté structurelle.

Les images ci-dessus montrent du pondu emballé — un aliment de base très apprécié de la cuisine congolaise à base de feuilles de manioc.

Le succès de Nato La Boyomaise est profondément enraciné dans le programme Jesuit Youth Social Entrepreneurship Action (JYSEA) du Réseau Jésuite Africain de lutte contre le sida (AJAN). Grâce à la formation JYSEA dispensée au Centre Maisha, Anita et son équipe ont utilisé le cadre du JYSEA pour transformer un besoin communautaire en un modèle d’entreprise durable.

Nato La Bayonnaise fonctionne avec une forte approche inclusive du genre. Bien que l’entreprise compte des membres masculins de soutien, elle est fièrement dirigée par des femmes. Cette orientation est essentielle à Kisangani, où les femmes font régulièrement face à des obstacles importants, notamment un accès limité au capital et des normes sociales restrictives.

En donnant la priorité aux jeunes femmes entrepreneures, le programme JYSEA s’attaque directement à ces inégalités, démontrant que l’indépendance financière et la dignité sont accessibles sur le marché local.

Innovation dans la transformation des feuilles de manioc

Historiquement, la transformation des feuilles de manioc en RDC a été informelle, pénible et très laborieuse. Comme la plupart des vendeurs commercialisent des feuilles brutes ou semi-transformées, la qualité varie fortement et très peu de valeur est ajoutée tout au long de la chaîne d’approvisionnement, de la ferme à la table.

Nato La Boyomaise révolutionne ce secteur traditionnel :

  • Production mécanisée : Grâce à une machine de production spécialisée acquise via un prêt d’AJAN, l’entreprise a remplacé le pilonnage manuel lent par une efficacité mécanisée.
  • Faciliter la vie des ménages urbains : Traditionnellement, la préparation du pondu nécessitait des heures de recherche, de nettoyage et de pilage, ce qui constituait un frein pour les familles urbaines occupées. Nato La Boyomaise livre du pondu frais, prêt à cuisiner, directement dans les quartiers résidentiels et les marchés.
  • Préservation de la nutrition et de la culture : L’entreprise propose un produit abordable et rapide à préparer qui conserve sa valeur nutritionnelle, tout en honorant un plat qui constitue un symbole profond de l’identité et de la tradition congolaises.

L’influence de Nato La Boyomaise va bien au-delà de ses résultats financiers :

Amélioration de l’accessibilité alimentaire : En supprimant les contraintes liées à la préparation des aliments, l’entreprise rend un aliment de base nutritif facilement accessible aux familles actives, réduisant ainsi la charge domestique traditionnellement assumée entièrement par les femmes.

Stabilisation de la chaîne de valeur agricole : En établissant une demande prévisible et structurée de feuilles de manioc brutes, l’entreprise offre aux agriculteurs locaux un revenu fiable, renforçant ainsi les liens économiques entre les zones rurales et urbaines de Kisangani.

Un modèle pour les entreprises de demain

Aujourd’hui, Nato La Boyomaise se présente comme un véritable modèle pour l’ensemble du réseau JYSEA. En tant qu’entreprise alimentaire mécanisée, rentable et dirigée par des femmes, opérant avec succès dans un environnement difficile, elle offre un modèle reproductible. Les centres AJAN à travers l’Afrique peuvent adapter ce modèle pour transformer les aliments de base locaux dans leurs propres communautés.

Le Père Kubanabantu Jean-Charles, Directeur du Centre Maisha, lors de sa visite à Anita Nato et Deborah Angeli dans leur entreprise, alors qu’AJAN continue de les accompagner et de les soutenir dans leur parcours entrepreneurial.
Le Père Kubanabantu Jean-Charles, Directeur du Centre Maisha, lors de sa visite à Anita Nato et Deborah Angeli dans leur entreprise, alors qu’AJAN continue de les accompagner et de les soutenir dans leur parcours entrepreneurial.

À Kisangani, Anita Nato et Deborah Angeli font bien plus que gérer une entreprise. Elles créent des emplois, remboursent leurs prêts de développement, développent leur présence sur le marché et incarnent l’engagement d’AJAN à investir dans la dignité et le potentiel des jeunes. Il ne s’agit pas seulement d’un entrepreneuriat intelligent — c’est une mission transformatrice en action.

P. Matambura Ismaël, SJ

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