1. Après quelques mois en tant que directeur d’AJAN, quelle a été votre expérience?

Jusqu’à présent, j’ai eu une bonne expérience. Comme tout jésuite je reçois très souvent une nouvelle mission. Une nouvelle mission ouvre toujours à une nouvelle expérience dans un nouvel environnement humain, culturel, géographique, etc. Dans une nouvelle mission je prends le temps d’apprendre, de prier et de réfléchir davantage sur ses demandes et obligations ainsi que les priorités. Au Secrétariat d’AJAN, en tant que nouveau directeur, j’ai fait de même. J’ai utilisé ce temps pour écouter, lire, apprendre, planifier, contacter et rencontrer des nouvelles personnes concernant ce travail commun de la Conférence des Jésuites d’Afrique et de Madagascar.

  1. À quels défis l’organisation est-elle confrontée actuellement?

Aujourd’hui, le monde est confronté à un grand défi de la santé publique: la pandémie due au nouveau virus corona (COVID-19). Tous les secteurs de la vie sont touchés et plus de deux millions de vies ont été emportées. Mes pensées spéciales pour leurs âmes ! En plus, des millions de personnes ont perdu leur emploi et d’autres leurs moyens de subsistance, des structures ou institutions ont perdu des personnes ressources, etc. AJAN est également affecté négativement par cette pandémie, de sorte qu’il est difficile d’acquérir les ressources nécessaires pour soulager les souffrances des tant d’affligés dans nos lieux de ministère. Dieu merci, des vaccins ont maintenant été fabriqués et les recherchent continuent ! C’est une bonne raison d’espérer et de rêver une solution définitive, des produits curatifs, bien évidemment, avec l’aide de Dieu. En plus de la COVID-19, le VIH et le SIDA restent un problème majeur en Afrique subsaharienne, bien que des progrès médicaux importants en matière de dépistage et de traitement aient été réalisés au fil des ans. Dans cette région, des dizaines de millions de personnes meurent encore, laissant des milliers d’orphelins avec un avenir incertain. Les jeunes femmes et hommes continuent à contracter le VIH et le niveau de pauvreté ne fait que croitre, aggravant le niveau de vulnérabilité et exposant les gens à toutes sortes de risques et de souffrances.

  1. Quelle est votre approche concernant la gestion d’AJAN et que comptez-vous atteindre?

AJAN est un réseau, et à ce titre mon approche sera celle travailler en réseau, de rassembler tous les membres et partenaires, et de chercher à avoir plus d’impact sur le terrain. Les jeunes sont très importants, ils jouent un rôle clé pour la croissance et le développement de chaque société. AJAN investira dans les jeunes du continent et en fera de vrais agents de changement, à la fois au niveau personnel et communautaire.

  1. Selon vous, y a-t-il des changements qu’AJAN devrait entreprendre maintenant et à long terme?

Oui, il y en a de plusieurs ordres et dans divers domaines. Je pense qu’AJAN doit améliorer la communication à l’intérieur et à l’extérieur du réseau pour partager nos ressources et notre expérience. Aussi, le domaine de la santé et du bien-être, cela signifie aller au-delà de la seule question du VIH, mais investir aussi dans d’autres questions de santé publique qui constituent des obstacles à la croissance personnelle et communautaire des personnes que nous servons. La mission du Christ que nous servons comme jésuites voudrait que tout l’homme ait la vie, c.à.d une bonne santé spirituelle, morale, physique, etc. et vive dans un monde plus juste et attentionné. En outre, nous investirons davantage dans la recherche et le plaidoyer pour plus d’impact en Afrique et au-delà.

  1. Quel est votre perspective sur le travail des différent Centres d’AJAN à travers l’Afrique et quels sont, selon vous, leurs besoins les plus urgents?

Ma perspective est que tous les centres se rassemblent davantage, qu’ils renforcent leur collaboration et aient plus d’impact sur la vie, dans chacun des secteurs qu’ils ciblent. Les besoins de nos centres sont de divers ordres, selon l’emplacement et ce que fait chaque centre. Mais en général, il y a un besoin de ressources et de structures durables ; de formateurs engagés et passionnés à travers nos programmes de développement intégral des jeunes comme AHAPPY (Programme d’AJAN pour la Prévention du VIH et du SIDA pour les Jeunes) et des activités génératrices des revenus ; des moyens (structures viables) pour offrir un paquet VIH plus complet (Tests et traitement) et des moyens de communication efficaces, etc.

  1. Dans quelle mesure êtes-vous enthousiasmé par la prochaine Assemblée générale d’AJAN et que comptez-vous accomplir en la convoquant?

Cette Assemblée devait se tenir au mois de mai 2020, mais à cause des restrictions de voyage dues à la pandémie de COVID-19, elle n’a plus eu lieu. Je suis heureux que nous soyons désormais en mesure de l’organiser même si la situation se détériore à nouveau dans certains pays, en particulier, au sud de l’Afrique. Nous comptons renforcer la capacité de gestion, d’évaluation, de suivi et de mesure d’impact des Centres et des projets du réseau. Nous le ferons à travers la formation de renforcement des capacités que nous proposons aux Directeurs des centres et aux Coordinateurs de projets du réseau AJAN. Nous souhaitons travailler pour penser l’avenir du réseau en revisitant son mandat, sa vision et sa mission en tenant compte des signes du temps, des Préférences Apostoliques Universelles (PUA) de la Compagnie de Jésus, des Objectifs de développement durable des Nations Unies (ODD) et des priorités mondiales de la santé publique. Nous voulons placer la jeunesse au centre de notre mission.

  1. Comment évolue la préparation de l’Assemblée générale d’AJAN?

Le Secrétariat (bureau de coordination) d’AJAN est fin prêt pour l’Assemblée. Nous nous préparons depuis pratiquement deux mois en collaboration avec nos partenaires qui sont sur terrains. Nous avons organisé des réunions virtuelles avec les différentes personnes impliquées dans ce processus. Nous nous sommes assurés que tous les besoins (logistiques et sécuritaires) sont pris en compte dans le respect des protocoles gouvernementaux concernant la prévention de la COVID-19. Aussi, des outils essentiels pour une préparation préliminaire et immédiate ont-ils été envoyés aux Centres et les feedbacks sont revenus au secrétariat d’AJAN et nous sommes satisfait de leur participation et leur enthousiasme.

  1. Ayant interagi avec des jeunes via AHAPPY, quels sont, selon vous, leurs besoins les plus urgents?

Oui, en décembre dernier, j’ai surtout interagi avec des jeunes qui terminent leurs études secondaires et qui se préparent à commencer les études universitaires. Le sentiment que j’ai, c’est qu’ils ont besoin des vraies et bonnes informations et d’une préparation bonne et complète car, bien qu’intellectuellement bien formés, ils sont dans la peur puisque ne sachant pas clairement à quoi ressemblera leur future. Vous savez, nous sommes dans un monde caractérisé par le profit – tout le monde veut profiter de tout le monde à tous les niveaux presque. Aujourd’hui les jeunes ont accès à beaucoup d’informations dont certaines qui ne sont pas vitales : elles menacent et exposent la vie. Les jeunes ont besoin d’être aimés, pris au sérieux, orientés, accompagnés, etc. dans cette incertitude. De leur côté, ils doivent également être plus ouverts à ceux qui peuvent, ou à ceux qui veulent les aider à naviguer dans l’océan de la vie. Je les exhorte à avoir confiance en Dieu, en eux-mêmes et en leurs dons et talents donnés par Dieu, car il n’y a vraiment pas de limite à ce que l’on peut accomplir dans la vie en utilisant son intelligence, sa conscience et ses potentialités. Dieu leur a doté le potentiel et les capacités dont ils ont besoin.

  1. Quels sont certains défis auxquels les jésuites et leurs collaborateurs sont confrontés et qui limitent leur efficacité dans la lutte contre le VIH et le SIDA?

La lutte contre le VIH et les autres pandémies se doit d’être systématique et continuelle. Dans certaines régions où les jésuites travaillent, ce combat continuel fait défaut. Un autre défi est la dépendance à l’égard des fonds extérieurs. En outre, les gouvernements africains semblent négliger la santé publique : ils y allouent un budget national très insignifiant. Également ils négligent la promotion des valeurs qui, pourtant, favorisent un changement de comportement plus durable. La pauvreté et le comportement ont un lien intrinsèque avec le VIH. La pauvreté croissante en Afrique est un défi et obstacle majeur dans la lutte contre le VIH. Entre autres obstacles, nous avons les croyances et pratiques traditionnelles à risque ainsi que l’action de charlatans guérisseurs qui freinent l’adhésion au traitement.

  1. Le financement est-il un défi pour AJAN et comment comptez-vous y remédier?

Oui, c’est un défi. Les besoins augmentent chaque jour, mais les fonds n’augmentent pas. Une façon de contourner cela est d’élargir notre cercle de partenaires: aller au-delà des seuls jésuites et des structures ecclésiales. Il est important que chaque centre ait la capacité de mesurer son impact dans la Société. J’ai l’intention de lancer davantage les activités génératrices de revenus. Chaque centre devra baser son action sur un modèle commercial. Nous pourrions également utiliser les résultats de nos différentes enquêtes pour une collecte de fonds plus efficace et mener des plaidoyers basés sur les évidences de terrain ainsi que des données scientifiques et vérifiables.

Interview réalisé par Muteti Caleb, Communication and Research Officer, AJAN

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